|
Dialogue avec des Bénédictines italiennes, 2004
Que la rencontre annuelle de la Conférence, qui normalement a lieu un jour avant le Congrès des Abbés, se tienne à Assise cette année, et non pas à S. Anselmo, est une idée née à la rencontre de l’année dernière, en Australie. Nous y avons cherché comment développer l’échange avec les monastères de chaque région.
Pendant que la Conférence de la CIB tenait sa réunion, en Australie, l’Union des Supérieures Bénédictines d’Australie et de la Nouvelle Zélande avait la sienne et nous avons pu passer beaucoup de temps ensemble dans la liturgie, pendant les repas et au cours de sorties effectuées en commun. Ainsi il était possible de nous rencontrer de façon informelle et d’apprendre à nous connaître. De même, un certain nombre des sœurs du Bon Samaritain travaillaient au secrétariat ou dans la commission liturgique et partageaient ainsi nos journées de travail. Ce partage dans la liturgie, au cours des repas et des excursions concourait à unir notre assemblée si diverse des déléguées de la CIB et des Australiennes. Ainsi nous nous sommes rapprochées les unes des autres, apprenant à nous connaître et à voir nos différences et ce qui nous est commun. Pouvoir utiliser la même langue (seul un tout petit nombre des déléguées de la CIB ne savaient pas l’Anglais) rendait la tâche plus aisée. Mais déjà le brassage lui-même était important et nous indiquait dans quelle direction poursuivre.
Il n’était donc pas étonnant que M. Giacinta souligne l’aspect de dialogue pendant cette rencontre. Le catalogue de 2000 mentionne 150 monastères en Italie. C’est énorme comparé à la dizaine de monastères en Australie et Nouvelle Zélande. Pour l’Italie, cela représente par conséquent plus de ponts à créer, aussi bien à cause du grand nombre de monastères de Bénédictines qu’à cause de difficultés de langage. Cependant, il y a eu un petit début : un groupe de 30 abbesses et de sœurs est venu pendant 24 heures, du 17 au 18 septembre. Le plus important de cette réunion était de préparer le terrain pour le dialogue. Après une courte présentation de chacune, les participantes devaient se mêler : anglophones avec italophones. Grâce au grand nombre de sœurs philippines présentes à Assise et à la Bastia voisine, et grâce à des sœurs italiennes d’autres communautés qui offraient leurs services comme traductrices, il fut possible de former 15 petits groupes de 4 ou 5 sœurs, une d’elles étant la traductrice. Là, les sœurs italiennes et les membres de la CIB se sont rencontrées et ont pu échanger sur leur expérience monastique. Des sœurs hispanophones, originaires du Mexique et du Salvador, membres de communautés italiennes étaient heureuses de rencontrer les déléguées de la CIB.venant d’Argentine, du Mexique et d’Espagne. A leur tour, elles servaient d’interprètes pour les sœurs italiennes. Le sujet des échanges avait été soigneusement préparé à l’avance. L’exposé donné, en Australie, par Sœur Margaret Malone sur la réconciliation dans la RB avait été envoyé à chacune, et plusieurs des participantes italiennes avaient eu l’occasion de réfléchir sur ce document avec leurs communautés et avaient noté leurs réflexions. Ceci contribuait à rendre nos échanges plus personnels, plus directs. Malgré la difficulté inhérente à composer des groupes équilibrés lorsqu’on ignore les ressources des personnes en question, le temps considérable consacré au travail en groupes, le matin du 18 septembre, a été perçu comme un succès. Malgré, aussi, le labeur de la traduction nécessaire et celui d’essayer d’écouter et de se comprendre, la barrière des langues fut surmontée et les sœurs ont pu deviner quelque chose des mutuelles richesses de vie. Il nous reste encore un long chemin à parcourir, mais l’appréhension première a disparu faisant place au souhait de se rencontrer, et c’était la joie d’un échange réussi qui imprégnait la célébration finale.
Le dialogue n’est pas uniquement une question d’échange verbal ; le lieu de la rencontre joue aussi un rôle. L’atmosphère accueillante du monastère S. Guiseppe, la joie manifeste de M. Giacinta de nous accueillir à Assise, le travail préparatoire de Sr. Mariangela et des autres membres de la communauté, la liturgie partagée et la soirée avec les jeunes sœurs philippines qui nous ont charmées avec leurs danses, tout cela a contribué à une communication détendue non-verbale, au moins aussi importante que la communication verbale. La prière de St. François : « Laudate si, mi Signore », « Loué sois-tu, Seigneur » que nous chantions toutes ensemble, nous donna des mots compris de toutes.
BÉNÉDICTINES EN ITALIE
Selon l’édition 2000 du Catalogue des Monastères de Bénédictines, il y a en Italie cinq fédérations de moniales: la Fédération Centro-Meridionalis avec 10 monastères ; la Fédération Piceni-Marchae Inferioris avec 13 monastères ; la Fédération Italiae Septentrionalis avec 10 monastères ; la Fédération Tusciae avec 7 monastères et la Fédération Umbrae-Marchiae avec 9 monastères. Depuis 2000, quelques-uns de ces monastères ont dû fermer, d’autres se trouvent dans la même situation que nombre de maisons en Europe avec peu de vocations et des communautés vieillissantes. Mais il y a aussi un certain nombre de monastères florissants. Ces cinq fédérations sont en contact les unes avec les autres et leurs supérieures se rencontrent annuellement. En plus de ces fédérations, il y a une centaine d’adresses de Bénédictines, sœurs et moniales, présentes en Italie. Certaines font partie d’une congrégation internationale comme p.ex. les Bénédictines de l’Adoration Perpétuelle ou celles de la Congrégation de Camaldoli. D’autres forment des congrégations plus ou moins importantes de Sœurs Bénédictines. Chacune a son histoire et ses structures propres et entretient plus ou moins de relations avec les autres Bénédictines. Il n’existe cependant pas encore de réseau d’échanges entre ces maisons.
Celles qui étaient présentes à notre réunion nous parlaient de courants de renouveau après Vatican II et de l’ouverture aux études monastiques et théologiques pour les jeunes sœurs en formation. Elles parlaient aussi du soin apporté dans nombre de communautés à la liturgie, qui est chantée alternativement en Italien et en Latin. Dans un certain nombre de communautés on aime accompagner la psalmodie avec la harpe. Cependant, l’absence d’un réseau reliant toutes les Bénédictines en Italie, rend une vue globale de la situation, difficile.
La réunion à Assise –
une rencontre entre saint François et saint Benoît
Pour plusieurs membres de la Conférence de la CIB, c’était le premier contact avec la ravissante ville d’Assise, la bourgade de saint François, avec ses rues, ses maisons et ses églises médiévales, restaurées après le terrible tremblement de terre en 1997. Les Bénédictins du 13e siècle nourrissaient de la sympathie pour saint François et sainte Claire et mettaient des bâtiments à la disposition des Clarisses pour leur tout premier couvent à San Damiano. Le monastère St. Giuseppe, où notre réunion eut lieu, était fondé en l’année même de la mort de St. François, 1226. Il est presque adjacent au palais épiscopal où St. François s’est dépouillé de ses vêtements pour les rendre à son père, dans le désir d’abandonner toute possession de ce monde. Tout près de là, se trouve la basilique de Santa Chiara, construite peu après la mort de la sainte et où la communauté de San Damiano est venue s’installer en 1260. La communauté actuelle, florissante, de Clarisses nous a invitées à prendre part à leurs Vêpres solennelles le 17 septembre. Pour nous c’était la fête de sainte Hildegarde, pour elles, celle des stigmates de saint François. En prière silencieuse devant la croix de saint François – originellement à San Damiano – nous avons apporté devant Dieu les aspirations et les besoins de toutes les Bénédictines. C’était lorsqu’il priait devant cette croix, que saint François entendit le Seigneur lui dire : « Va, François, répare ma maison qui tombe en ruines. » Le dimanche matin, Sœur Maria Kolkiokotsa ofm, une amie franciscaine de nos hôtes et traductrice, nous emmenait au lieu de naissance de saint François, puis à la basilique, construite en 1230 et ornée de tant de ces fameuses fresques de Giotto et d’autres de son école. Là, à la tombe de saint François, nous avons prié en polonais et en anglais, demandant les bénédictions de Dieu pour nos monastères. Dans la chapelle de la Paix, située dans le monastère des frères franciscains à côté de la basilique, nous avons participé à l’Eucharistie et prié avec saint François : « Seigneur, fais de moi un instrument de paix ». Dans l’après-midi, plusieurs d’entre nous sont allées visiter l’église de San Damiano. Elles ont été profondément impressionnées par l’atmosphère de paix qui y régnait. Il semble que saint François ait encore beaucoup à dire aux Bénédictins d’aujourd’hui.

Voici en raccourci, le rapport que Mère Abbesse Maìre Hickey, modératrice, donna à l’assemblée le matin du 17 septembre.
Rapport de la Modératrice à la Conférence de la CIB - Assise, septembre 2004
Mes chères Sœurs,
Je voudrais commencer mon rapport en attirant votre attention sur un document qui est en circulation depuis déjà quelques mois. Certaines d’entre vous le connaissent probablement, mais pas tout le monde. Il s’agit d’un travail préliminaire, élaboré par une équipe de membres des deux unions internationales de supérieurs généraux (UISG et USG) en préparation du Congrès sur la Vie Consacrée, qui se tiendra à Rome en novembre cette année. L’objectif global du Congrès est « de discerner ensemble et sans idées préconçues, ce que l’Esprit de Dieu est en train de susciter dans notre sein, où l’Esprit veut nous conduire et comment nous pouvons répondre aux défis de notre temps, ainsi construisant le Règne de Dieu ‘pour le bien de tous’ (1 Cor. 12, 7) ».
Cette formulation de l’objectif du Congrès sur la Vie Consacrée m’a aidée lorsque j’allais préparer cette rencontre. Elle m’a donné juste les mots que je cherchais pour commencer mon rapport. N’est-ce pas là exactement ce que nous, supérieures de communautés de femmes vivant selon la Règle de saint Benoît, essayons de faire ? N’est-ce pas exactement la raison pour laquelle, il y a une trentaine d’années, des moniales et des sœurs bénédictines se sont mises ensemble pour créer une organisation, une communion internationale, qui nous aiderait dans ce but ? C’est un signe du travail de l’Esprit dans l’Église que l’UISG et l’USG vont tenir ce Congrès juste à ce moment-ci et dans cette visée. C’est aussi un signe du travail de l’Esprit que de telles préoccupations naissent, non seulement au niveau des UISG/USG mais aussi à beaucoup d’autres niveaux, et sous différentes formes. En particulier nous, moniales et sœurs bénédictines, cherchons à discerner, sans idées préconçues ce que l’Esprit est en train de susciter dans notre sein, où l’Esprit veut nous conduire et comment nous pouvons répondre aux défis de notre temps, ainsi construisant le Règne de Dieu pour le bien de tous.
Notre profil en tant que Communauté internationale de Bénédictines n’est pas encore suffisamment défini, mais le sera un jour, s’il plaît à Dieu ! La CIB est encore jeune et nous sommes toujours en train d’en poser les fondations. C’est pourquoi une bonne part du rapport va traiter d’organisation et d’affaires. Laissons les ’lineamenta’ des UISG/USG nous servir de guide pour nous aider à garder en vue la visée principale. Et gardons constamment à l’esprit – même en écoutant les comptes-rendus des activités matérielles de l’organisation – que c’est de cela qu’il s’agit et de rien d’autre.
Si on jette un regard sur l’année passée depuis notre rencontre à Sidney, j’ai la joie de vous faire part d’un progrès constant dans notre travail de charpenter la CIB.
* M. Joanna et le P. Abbé Richard ont préparé la demande d'approbation qui sera présentée la semaine prochaine au Congrès des Abbés à S. Anselmo. Nous y demandons que la CIB soit reconnue explicitement dans la Lex Propria de la Confoederatio Benedictina. Une fois l’accord des abbés obtenu, nous aurons atteint le but que nous nous étions donné il y a cinq ans, à St.Louis.
* Les défrichages préliminaires en vue d’obtenir un statut légal pour la CIB ont progressé. Nous avons constaté qu’il sera possible d’ériger la CIB en association, reconnue par la loi allemande comme personne juridique avec capacité légale de recevoir des donations tout en jouissant d’une réduction de taxes. Au cours de notre réunion nous allons présenter à la Conférence des détails plus précis sur les résultats des recherches. Nous demanderons aussi votre accord pour le Conseil d’Administration de continuer sur cette piste.
* Les projets pour le Symposium de l’an 2006 sont en route. Ces jours-ci nous devons décider du thème. Nous avons établi des lignes de conduite pour toutes celles impliquées dans la préparation de ce Symposium. L’expérience acquise par nos quatre Symposia et le Colloquium de 2000 va contribuer à donner à nos rencontres une note bien caractéristique du charisme bénédictin, ainsi que de la recherche de Dieu par des femmes à son service dans ce monde du 21e siècle.
La CIB n’est pas une structure au niveau de la juridiction ou des pouvoirs. Chaque monastère, congrégation et fédération reste dans le régime canonique jusqu’ici en vigueur pour elle. La CIB se veut, dans la mouvance de l’Esprit, un réseau de communication de monastères de femmes ‘consociés’ avec la Confoederatio Benedictina, et dont l’objectif est d’insérer la vie monastique bénédictine féminine dans ce 21e siècle. D’année en année l’échange à l’intérieur de ce réseau s’améliore. Des Bénédictines du monde entier arrivent à se connaître, à s’encourager mutuellement dans leur vie monastique commune et apprennent à collaborer pour promouvoir leur but. Chaque année qui passe m’ouvre, en tant que modératrice - et probablement en est-il de même pour beaucoup d’entre vous dans vos régions ou occupations respectives – à des secteurs de vie bénédictine actuelle jusque là inconnus. J’aimerais partager avec vous quelques-unes des expériences de l’année écoulée et quelques réflexions et questions qui m’habitent.
Le premier Symposium, qui a eu lieu en 1987, réalisait un grand pas en avant en réunissant, pour la toute première fois, des moniales et des sœurs OSB pour partager leur expérience d’incarner la spiritualité bénédictine commune en de modes de vie différents. La rencontre et l’échange commencés en 1987 continuent à porter des fruits pour toutes celles qui y participent. Pour un bon nombre, déjà le fait de connaître l’existence de la CIB et d’en recevoir les informations et les comtes-rendus constitue une inspiration et un encouragement, même si elles ne participent jamais à des réunions. Il se peut que nous n’atteignions jamais tout le monde. Cela n’est pas nécessaire. Mais lorsque nous voyons qu’il y a des secteurs que nous touchons à peine, il me semble qu’il faudrait nous poser des questions. Je suis frappée de constater que, si des nombreuses moniales ont apporté une aide précieuse en mettant en place la CIB, il est généralement plus facile d’obtenir la participation active de sœurs que celle de moniales. Il y a sûrement plusieurs raisons pour cela et je ne prétends pas les connaître toutes. Mais je pense qu’il faudrait y penser et essayer de comprendre ce que cela veut dire pour nous.
J’ai été frappée, en lisant le texte des UISG/USG, de voir à quel point les congrégations apostoliques (les monastères de moniales ne sont pas membres de l’UISG), obligées petit à petit de se détacher de beaucoup de leurs activités, ont trouvé un chemin de renouveau en approfondissant les dimensions contemplatives de leur vocation chrétienne. Elles font jouer leur amour des Écritures et leur désir d’union avec Dieu dans la prière dans les réflexions sur les situations concrètes des personnes qu’elles sont appelées à servir, les problèmes de la globalisation, la vulnérabilité des pauvres de tout genre et dans leurs efforts aussi d’être semeuses de paix et de fraternité là où elles vivent. (VC 108, texte UISG p.17).
Je me demande comment les moniales, y compris nous, Bénédictines, réagiraient à ce texte. Quel serait leur commentaire ? Est-ce qu’elles y verraient reflétée la dimension contemplative telle qu’elles-mêmes la conçoivent et essaient de la vivre ? Je suis sûre que la réponse serait : ‘oui, à un certain degré’. Mais je suis également sûre qu’un certain nombre dirait : ‘Oui, mais il y a quelque chose d’essentiel dans notre façon de comprendre la vie contemplative chrétienne que nous ne retrouvons pas dans ce document.’ Je pense que ceci touche à quelque chose de vital pour la vie consacrée, pour l’Église, pour le Royaume de Dieu. Et je suis convaincue que la CIB, constituée comme elle l’est par des femmes engagées dans différentes formes de vie monastique, a une chance unique : celle d’explorer en communautés le cœur contemplatif de la vie et de l’amour chrétiens – pas seulement par une recherche théologique ou académique, mais dans la vie de tous les jours – ouvrant ainsi des perspectives pour des gens de toutes sortes de vie.
Nous, Bénédictines du 21e siècle, nous voulons répercuter dans l’Église et dans le monde le message de Subiaco. Comme vous le savez toutes, lorsqu’on va à Subiaco, on entre dans la Grotte d’Adoration et de Contemplation, là où saint Benoît passait tant de temps en prière. On visite aussi la Grotte des Bergers, où il instruisait les gens venus des environs pour être enseignés, encouragés et recevoir les consolations de la foi. Tous nos monastères ont, d’une certaine manière, une Grotte de Contemplation et une Grotte des Bergers, et nous allons de l’une à l’autre. Chaque monastère, chaque congrégation possède sa note caractéristique selon la place que ces deux grottes occupent dans la vie et la mission de la communauté et des personnes. Peut-être pouvons-nous, plus qu’aucune autre famille religieuse, apporter le message que ces deux grottes sont inextricablement liées l’une avec l’autre, et ceci justement à cause du large éventail de formes de notre vie monastique.
Je suis sûre que plus d’une moniale auraient des choses, enrichissantes pour nous toutes, à partager sur leur expérience des deux grottes. Et peut-être qu’elles-mêmes trouveraient enrichissant et stimulant d’entendre le témoignage d’autres, vivant selon d’autres formes de vie bénédictine. A mesure que je connais plus de communautés, il me devient plus évident que la forme de vie menée dans les monastères de moniales possède quelque chose qui est essentiel à toute vie bénédictine. De même, les communautés en clôture plus stricte peuvent tirer des leçons appréciables des compétences de celles qui sont plus ouvertes, notamment dans des situations de confrontation avec le défi qui consiste à garder intacte leur charisme propre dans ce monde changeant du post-modernisme. Comment chacune de nous pourra-t-elle trouver un équilibre entre les deux grottes qui soit juste pour chacune et pour chaque communauté ? Un équilibre de vie monastique par où passe la message de l’Évangile ? Le réseau d’échanges de la CIB va nous aider dans cette recherche.
J’ai fait la connaissance de bon nombre de monastères au cours de ces dernières années. C’est chaque fois une grande joie et un enrichissement. C’est un grand privilège d’être ainsi l’objet de tant de confiance lorsqu’une communauté fait part de ses richesses, de ses espoirs et de ses problèmes. Il y a un certain nombre de projets, bien fragiles, qui ont besoin de conseils et d’encouragements éclairés ; il y en a d’autres qui se trouvent à la croisée de chemins et qui ont besoin d’appui de sœurs de leur propre famille religieuse afin d’oser discerner courageusement. J’en vois encore d’autres à qui le manque de connaissances – en matière d’affaires, de communication, de l’art de gouverner - cause d’énormes gâchis d’énergie spirituelle ; ou d’autres encore qui devront très probablement fermer d’ici peu, puisqu’il n’y a pas eu d’entrées depuis des années. La CIB ne peut pas résoudre des problèmes financiers ou personnels, ni aider à dénouer des conflits qui peuvent se produire dans les meilleures des communautés. Mais la CIB peut aider par la mise en commun de nos ressources et par l’échange de nos acquis respectifs. Nous pouvons nous stimuler mutuellement dans le zèle pour une vie monastique authentiquement vécue, centrée sur Jésus Christ, Dieu devenu homme pour nous, Lui l’unique centre de notre vie, à qui nous ne préférons personne ni rien d’autre et que nous servons avec amour dans nos frères et sœurs.
Le document UISG pose la question : « Qu’est-ce que le saint Esprit est en train de susciter aujourd’hui dans la vie consacrée ? Comment l’identifier, le décrire et le présenter ?… Vers quelles sources nouvelles, vers quelles pistes nouvelles cette vie consacrée en train de naître nous entraîne-t-elle ? » Mes chères sœurs, la CIB est là pour aider les Bénédictines dans le monde entier à chercher et à trouver les réponses spécifiquement bénédictines à ces questions. Nous voulons nous aider mutuellement, que nous soyons moniales ou sœurs, à être de vraies Bénédictines en ce 21e siècle et à laisser l’Esprit du Ressuscité porter du fruit par nos vies pour le Règne de son Père.

RECHERCHE LA PAIX ET POURSUIS-LA (RB Prol. 17 ; Ps 34, 15)
L'entretien donné par Sr Margaret Malone à Sydney 2003 avec ce titre a été distribué aux participants avant la rencontre d'Assise, en leur demandant ce qui les intéressait et ce qui les provoquait le plus dans cet écrit. La discussion en groupes sur la réconciliation était une tentative pour habituer nos rencontres à approfondir notre compréhension de la vie monastique et apprendre les uns des autres. On demanda à quatre membres de la Conférence CIB de faire un panneau et de parler d'une expérience de réconciliation. Voici quelques extraits de ce qu'ils ont dit :
Une expérience au cours d'une retraite
L'an dernier nous ne pouvions trouver personne pour prêcher notre retraite annuelle, aussi avons nous décidé de le faire nous-mêmes avec le texte du Notre Père. Arrivées à "Pardonne-nous nos offenses..", nous avons été d'accord pour avoir un rite pénitenciel. Réunies ensemble dans une pièce que toutes nous aimons beaucoup elle est belle, les chaises sont en rond, au milieu de la pièce un point de convergence : un morceau de tissus de Tanzanie avec un Sacré Cœur, cadeau d'un ami missionnaire, et quelques pierres tout autour. Après un temps pour créer l'ambiance, avec des cantiques et des lectures, nous avons commencé à nous accuser nous-mêmes d'une manière spontanée, plaçant une pierre sur le Sacré Cœur par terre. Nous pouvions choisir où la mettre : sur le cœur, les mains, la tête, les pieds... là où cela avait le plus de signification pour chacune. J'étais profondément émue de voir que toutes les sœurs s'étaient accusées. Cela nous prit plus de temps que d'habitude pour arriver au bout de cette célébration. Le dernier jour de la retraite, la phrase du Notre Père était "Que Ton Règne vienne ! " , naturellement nous n'avons pas pris les invocations dans l'ordre naturel. De nouveau nous étions réunies ensemble autour du Sacré Cœur, qui était toujours là avec les pierres sur lui et nous avons commencé à partager les points lumineux de la retraite. Après chaque partage nous avons pris notre pierre sur le sol et l'avons mise dans un vase d'eau transparent, comme un signe de renaissance que tout était lavé par l'eau de notre Baptême et qu'une vie nouvelle avait commencé. Ce genre de litanie était accompagné du rythme de cantiques et de refrains. Ce fut une impulsion très importante et forte pour chacune de nous.
(M. Vera Lucia Horta)
Un rite du Mercredi Saint
Chaque année le Mercredi Saint, à la fin des Laudes, nous allons en procession au chapitre. Après la lecture du chapitre 72 de la règle, nous sommes invitées à nous laver les mains les unes les autres en signe de notre désir de nous servir les unes les autres dans l'amour et l'humilité... Dans le déroulement de la cérémonie, chacune porte dans son cœur et dans sa prière la sœur avec qui elle peut avoir une relation difficile , plus tard dans la journée, elle peut aborder cette sœur avec un geste personnel afin de lui demander pardon et de se réconcilier. Une fois le rituel achevé, chaque sœur, selon son rang de profession, peut avouer en présence de la communauté ses fautes et manques de charité et demander le pardon des sœurs. Une fois la dernière faute avouée, une exhortation est donnée, nous invitant à nous jeter dans le cœur brûlant de l'amour du Sauveur. Ce soir-là la traditionnelle cérémonie du mandatum a lieu au cours de laquelle la Prieure lave les pieds de douze sœurs, ceci commençant la célébration du Dernier Repas et le début du Triduum Pascal.
(Mère Henriette Wendbala Kalmogo)
Les outils de Saint Benoît
Ma communauté est constituée de religieuses de deux différentes communautés... ce qui veut dire qu'il y a des religieuses qui personnellement expérimenté les joies et chagrins de cet événement de la fusion et le sentent présent dans leur vie quotidienne même encore maintenant. De plus, les "nouvelles'', c'est à dire celles qui n'ont appartenu à aucune des communautés mentionnées ci-dessus, viennent de différents pays... Il en résulte un groupe tout à fait varié et qui, à cause de sa diversité, vit des difficultés quotidiennes de stabilité.... Nous accomplissons les rites habituels : la récitation du Notre Père pendant la Liturgie, recommandée par St Benoît expressément à cause "des épines de discordes susceptibles de surgir... et ainsi pour la purification de telles fautes (RB 13, 1213), le signe de paix durant la Célébration Eucharistique, la Communion à la même Sainte Table... Il y a des rencontres de réconciliation à la fois entre les religieuses elles-mêmes et entre les religieuses et l'abbesse. C'est elle qui agit comme médiateur pour ramener la paix à celles qui ont des difficultés à vivre en communauté.
(Mère Giacinta Soverino)
La réconciliation dans l’histoire
… nous avons célébré l’année jubilaire de la mort de nos cinq missionnaires bénédictins… Réunis autour d’un autel devant la croix du mémorial nous avons célébré l’Eucharistie en action de grâce pour nos cinq missionnaires qui étaient venus annoncer l’évangile… Le Père Abbé de l’Abbaye de Ndanda a demandé à l’un des anciens de la paroisse de s’avancer. Il était de la tribu des Wamatumbi qui avait mené la rébellion maji-maji et qui était responsable du meurtre des missionnaires. Le Père Abbé a demandé pardon pour les erreurs que les missionnaires avaient commises dans le passé en ne comprenant pas et ne respectant pas les croyances et les coutumes du pays qu’ils étaient venus évangéliser. Ces erreurs étaient en partie la raison de la rébellion. L’ancien à son tour a demandé pardon pour le meurtre. Nous avons été touchées par cette réconciliation… Il a fallu 100 ans pour que cristallise ce moment de réconciliation. C’est un don de Dieu mais c’est aussi une réponse du peuple de Dieu, de cœurs calmés par la souffrance… un symbole de cela ce sont les cristaux qui prennent beaucoup d’années pour devenir de splendides joyaux.
M. Irène Dabalus
Réconciliation entre deux soeurs
Une rencontre est organisée en présence de la Prieure. Après un temps de prière (invocation à l’Esprit Saint, lecture d’un passage de la Bible, courte prière de chaque sœur pour l’autre), les deux sœurs sont invitées, chacune à son tour, à expliquer leur point de vue. Chacune peut parler jusqu’à ce qu’elle ait terminé sans être interrompue, dans une atmosphère d’écoute, d’accueil et de respect. Le plus souvent il y a un heureux résultat et l’entretien se termine de manière très prometteuse pour la reprise d’une bonne relation amicale entre les deux parties. (M. Henriette Wendbala Kalmogo)

Un Esprit Bénédictin lors d’un grand rassemblement
Avez-vous rencontré des difficultés lorsque vous avez organisé un rassemblement pour maintenir une atmosphère qui soit compatible avec la Règle de St Benoît ?
A la rencontre d’Assise le Conseil d’Administration a présenté des directives pour préparer un grand rassemblement de Bénédictines. En choisissant les aspects de la Règle de St. Benoît qui parlent de voir le Christ en chacun, elles indiquent comment ceci peut être vécu dans un rassemblement international où beaucoup sont nouveaux, où il manque le soutien d’un horaire familier, et où la fatigue après un long voyage affaiblit la capacité à être ouvert et sensible à son entourage. Une autre difficulté lors de grands rassemblements tient à ce qu’ils peuvent être si remplis d’activités intéressantes et informatives, que la Parole de Dieu et l’espace pour écouter l’Esprit peuvent être oubliés. Le Conseil d’Administration propose de demander à quelqu’un d’être spécialement responsable de faire attention aux points suivants:
HOSPITALITE
- Créer une atmosphère d’attention mutuelle
- Ceux qui sont plus familiarisés avec l’environnement aident ceux qui peuvent être nouveaux venus, nouveaux pour les gens..
- Exercer un compagnonnage mutuel – un soutien mutuel
- ceux qui connaissent déjà les lieux font un effort spécial pour accueillir quelqu’un de nouveau.
- Etre sensible à toutes les cultures – de manière que tous puissent participer confortablement
(i.e. langues employées, traductions disponibles, coutumes dans les liturgies, etc.)
- Etre conscient dans l’organisation qu’une institution masculine peut requérir des ajustements de la part des femmes qui sont de service
- Etre respectueux des besoins individuels
CENTRALITE DE LA PAROLE DE DIEU
- Donner une place centrale à la Bible dans la prière et/ou le lieu de rencontre
- La Liturgie et la Lectio doivent occuper la place centrale dans l’emploi du temps (prise de conscience des thèmes de la journée). Exemples:
- Des discussions peuvent être organisées de sorte qu’elles puissent facilement inclure des textes Scripturaires
- La Lectio peut faire partie du processus (lectio individuelle et partagée).. La Lectio partagée pourrait avoir lieu durant les temps de prière commune et/ou dans la structure des discussions.
- possibilités de rencontre pour une prière silencieuse (prévoir des espaces pour cela)
Ceci demeure un idéal, mais la suggestion de garder à l’esprit ces aspects et de nommer quelqu’un pour chercher les moyens de les réaliser est une bonne idée..

NOUVELLES
Changements de Déléguées
Il y a eu des élections dans les régions suivantes avec un changement de déléguée à la Conférence de la CIB:
Région 10 (Mexique) Sr. Joséphine Markiewicz de Mexico remplace M.Inés Sánchez Rendón
Région 12 (Cono-Sur) M.María Teresa Ferrari de Rafaela, Argentine remplace M.Letitia Riquelme
Région 13 (Corée, Taiwan, Vietnam et Japon) M. Dolores Hong des Bénédictines de Tutzing à Seoul remplace M. Cecilia Jeon (M. Luca Chin avait représenté la région comme remplaçante à la rencontre en Australie)
Région 14 (Philippines) M.. Miriam Alejandrino, Prieure Générale des Soeurs du ‘Eucharistic King’ remplace M.. Angelica Leviste. Elle était représentée à Assise par sa remplaçante M.Celeste Nidea.
Région 18 (Afrique du Sud) M. Theodora Ntuli du couvent de Twasana, Vryheid, Afrique du Sud, remplace M.Irmgard Poroto. M.Theodora a été membre de la Commission de l’Abbé Primat pendant six ans dans les années 90.
Conseil d’Administration
M.Jolanta Rzoska de Zarnowiec en Pologne a été invitée à s’adjoindre au Conseil. Elle avait déjà participé à la réunion en Mai. Cependant que M. Irmgard Poroto a quitté sa charge laissant la place vacante qui sera, nous l’espérons, bientôt pourvue. Sr. Judith Ann Heble arrive au terme de son mandat de Prieure de sa communauté et de Présidente de la Conférence des Prieures américaines en janvier 2005 et Sr. Sonia Wagner arrive au terme de son mandat de Prieure Générale en Octobre 2005. Le mandat de M.Máire Hickey comme abbesse s’achève en Novembre 2007.
Décès
M.Máire a fait mémoire de M. Abbesse Flavie de Vanssay, de Limon, qui avait fait partie de la commission des moniales au début en 1974 et qui est décédée cette année, de M. Abbesse M. Luzia Ribeiro de Oliveira, de Belo Horizonte qui avait aussi fait partie de la commission des moniales au début et qui est décédée tout récemment, et de M. Abbesse émérite Agatha Rohtert de Dinklage qui avait été chargée de faire des recherches sur le développement historique des relations entre Bénédictins et Bénédictines au 19ème et au 20ème siècles pour la Commission de l’Abbé Primat et qui est décédée il y a six semaines. Son ouvrage, paru en allemand sous le titre "Werdendes Gleichgewicht" a été récemment publié en anglais sous le titre: "A Vision will come true". (les commandes peuvent être adressées à Sr. Monica Lewis, abtei@abteiburgdinklage.de)
Communautés Internationales
L’Abbé Primat Notker Wolf a parlé avec enthousiasme de la possibilité de former des communautés internationales dans des centres géographiques importants, pourvu que ce soit fait correctement. Actuellement une telle communauté internationale est entrain de se constituer à S. Paul Hors les Murs à Rome et, en dépit de rumeurs infondées il pense que ce projet a pris un bon départ. D’autres exemples de communautés internationales sont La Source à Paris (hommes) et la Dormitio à Jérusalem (hommes). Il a parlé de deux modèles de communautés internationales, l’un visant à un équilibre de représentation du monde entier, l’autre en lien étroit avec une région mais recevant de nombreux membres d’autres pays. Le second modèle se rencontre à la Dormitio à Jérusalem. En Israël il n’y a pas de vocations dans la petite communauté Chrétienne et il faut encourager un sens fort d’appartenance au monachisme allemand car.. les monastères germanophones soutiennent financièrement le monastère de Jérusalem, parce que la situation politique actuelle a considérablement diminué le nombre des pèlerins en Terre Sainte, tarissant ainsi une source importante de revenu.
Dans ce contexte les problèmes et visions pour l’avenir des Bénédictines du Mont des Oliviers à Jérusalem et au monastère de Vanves à Paris ont été discutés. M. Máire a répété que la CIB n’est pas en mesure de résoudre les nombreux problèmes des monastères vieillissants, mais a encouragé la constitution d’un réseau de soutien. Idéalement il devrait être possible de soulever ces questions dans sa région et de trouver là des trésors d’expérience et un soutien.
Site web
La CIB est maintenant sur internet. L’adresse est www.benedictines-cib.com. Toute information destinée au site peut être envoyée à S Monica Lewis abtei@abteiburgdinklage .de qui les transmettra.
Une communauté contemplative au Vatican
la communauté Bénédictine de Rosano a été sollicitée pour établir une communauté dans le couvent Mater Ecclesiae au Vatican pour les cinq prochaines années. Mater Ecclesiae a pour tâche spécifique de prier pour le Saint Père. Les Bénédictines ont été précédées par les Clarisses et les Carmélites. Le monastère de Rosano est une communauté Italienne florissante de Pontassieve, Italie.
Symposium 2006
Le prochain Symposium aura lieu à Sant'Anselmo 7 - 14 Septembre, 2006 avec une réunion de la Conférence de la CIB le 6 Septembre et le 15 Septembre avec l’élection du Conseil d’Administration pour les quatre années à venir. Le thème proposé du Symposium sera "Leadership". Divers aspects de ce thème ont été suggérés lors de la réunion d’Assise, mais le Conseil d’Administration devra mettre au point les propositions et inviter des intervenants. Comme pour le Symposium 2002 il y aura une invitation pour une sœur de chaque région qui a fait sa profession solennelle au cours des cinq dernières années. Le nombre d’invitations pour chaque région sera annoncé à la prochaine réunion de la Conférence.
Réunion 2005 de la Conférence de la CIB
La prochaine réunion annuelle de la Conférence de la CIB aura lieu en Pologne du 5 au 15 Septembre 2005. Il y aura une réunion d’affaires à Varsovie du 6 au 8 Septembre et les autres jours sont réservés pour des visites à des communautés polonaises.
Secrétariat pour la CIB à Assise
M. Giacinta a offert à la CIB l’usage d’une pièce de son monastère comme secrétariat pour la CIB. Cette proposition a été accueillie avec enthousiasme car les projets de secrétariat à S.Anselmo ne se sont pas concrétisés et il est de plus en plus nécessaire d’année en année d’avoir un local où installer les archives. L’accueil chaleureux réservé aux Déléguées de la Conférence à la réunion de cette année a fait que chacune se sentait comme chez elle et toutes étaient très heureuses de penser que S. Giuseppe à Assise pouvait être un centre où des réunions pour les Bénédictines pourraient être organisées. Un grand merci à M.Giacinta pour cette offre.
|

DOCUMENTATION
Le nouveau texte des N° 7, 8, et 9 de la Lex Propria proposé par l’Abbé Président Richard Yeo et voté par le Congrès
(mentionné dans l’article p 1)
- Caput III
- De collaboratione inter mulieres O.S.B.
7. Quo melius inter monasteria, Foederationes atque Instituta mulierum O.S.B. foveatur collaboratio fraterna, constituitur in gremio Confoederationis Communio Internationalis Benedictinarum, quae regitur statutis propriis, ab Abbate Primate confirmatis.
8. Monasteria, Foederationes atque Instituta mulierum O.S.B. quae cum Confoederatione consociantur ipso iure Communioni Internationali Benedictinarum adscribuntur.
9. Communio Internationalis Benedictinarum consilium pro oportunitate dat Abbati Primati de negotiis ad mulieres O.S.B. spectantibus
|
|